LES CHATONS ORPHELINS

Dr Brigitte LEBLANC, vétérinaire

Nombreux sont les chatons retrouvés dans un carton, une poubelle, les yeux ouverts ou non, malades ou non. Comme tout un chacun (de normalement constitué), nous voulons les aider, les soigner. Nous respectons la vie, mais respecter la vie signifie parfois aussi savoir quand on ne parviendra pas à la garder avec respect et équilibre.

En effet, s’occuper de chatons orphelins, c’est bien sûr les nourrir jusqu’au sevrage, c’est parfois compliqué et prenant mais en réalité il s’agit de la partie la plus simple. Car pendant ses premières semaines, le chaton apprend surtout qui il est : quelle est son espèce, qui sont ses proches, quelles sont les espèces amies ou ennemies. Il apprend à bien se comporter : à être chat, les codes, le langage, il apprend surtout les auto-contrôles.

En effet, les mamans chattes qui « giflent » leurs chatons, qui leur labourent le ventre quand ils vont trop loin, ne le font pas par méchanceté, elles inculquent à leurs enfants le contrôle de leurs morsures et de leurs griffures, et ce jusqu’à 8 à 10 semaines d’âge. C’est grâce à ce travail que les chatons deviennent les compagnons agréables que nous apprécions.

Mais pour le chaton orphelin, qui peut se substituer à la maman chatte ? Nous ne pouvons, malgré notre bonne volonté, être aussi compétents qu’elle. Elever un chaton orphelin nécessite donc qu’il soit en contact quotidien avec d’autres chats, femelles ou mâles castrés, qui lui apprendront les codes, le langage, et les auto-contrôles indispensables à sa vie future, si nous la voulons équilibrée et heureuse.

Dans le cas contraire, nombreux sont les chatons qui vont développer des troubles du comportement : hyperactivité/hypersensibilité, anxiété par hyper-attachement à l’humain…qui vont nécessiter des thérapies comportementales et des médications tout au long de leur vie. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, il y aura toujours une belle histoire où tout se passera bien. Mais elle sera l’exception, non la règle.

Alors la question se pose : si nous ne pouvons assurer un développement psychologique correct à un chaton, surtout à peine né, le meilleur choix pour lui n’est-il pas de l’endormir humainement ? Même si ce geste n’est facile pour personne, ni pour la personne qui l’a trouvé et veut l’aider, ni pour le vétérinaire pour qui c’est un acte grave et psychologiquement difficile.

Cette même question se pose quand, dans le but de diminuer la démographie féline des chats « du dehors », une chatte gestante est attrapée. Si elle est semi-sauvage, ne vaut-il pas mieux la stériliser et « endormir » les chatons aussitôt, plutôt que d’en faire des chatons orphelins ? Surtout si on considère le nombre toujours croissant de chats cherchant une famille. Si la chatte est sociable, le choix de la stériliser immédiatement ou non devient plus personnel et aucun ne peut juger du choix de l’autre : on peut considérer que, la maman étant présente, la stérilisation attendra…ou considérer qu’il est préférable de ne pas laisser naître quelques chatons de plus dans des refuges déjà surpeuplés. Chaque choix se défend et se respecte, à chacun de prendre sa décision et ses responsabilités.

Mais devant un chaton orphelin, posez-vous toujours la question : « puis-je lui assurer l’entourage félin nécessaire à son bon développement psychologique ? »

Pensez d’abord à LUI.