AUDIENCE DU TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE VESOUL – 16 MARS 2017

Brendon, Bryan, Kevin….. ce ne sont pas les prénoms de personnages d’une mauvaise série américaine, mais ceux de tristes sires condamnés pour vandalisme, actes de cruauté et sévices graves sur animaux.
Le 16 mars 2017 se tenait le procès de Kévin Boutterin, 20 ans, et de Brendon Billottet , 21 ans au tribunal correctionnel de Vesoul, dernier volet, il faut l’espérer, de l’affaire de Motey-Besuche.

La nuit du 15 août 2015

Ils étaient quatre cette nuit là, tous de la même famille, quatre jeunes désoeuvrés dont deux mineurs, appartenant à la communauté des gens du voyage, déjà multirécidivistes dans le domaine du vandalisme, du vol et des agressions sexuelles.
A bord de deux voitures volées (parmi toute une série), ils entreprennent un rodéo dans les rues et terminent leur course dans un champ de Motey-Besuche où paissent cinq vaches dont trois sur le point de vêler.
Un véhicule reste à l’entrée du champ tandis que le conducteur de l’autre arrache la clôture sur 60 mètres et fonce délibérément sur les vaches. Deux d’entre elles réussissent à fuir et à se mettre à l’abri mais les trois autres subissent des sévices d’une extrême barbarie.
Les trois vaches vêlantes ont les pattes fracturées.
Les individus sous l’empire de l’alcool et de la drogue se déchaînent sur ces animaux sans défense et les torturent. Ils les frappent avec un burin et leur infligent de profondes entailles avec une hachette, à de multiples reprises. Ils tentent de décapiter une vache et vident un extincteur sur une autre, les laissant agonisantes mais prenant soin de brûler le véhicule avant de s’enfuir « pour ne pas laisser de traces d’ADN ».
L’ agonie des malheureuses bêtes a duré dix heures. Elles ont dû être euthanasiées compte tenu de la gravité de leurs blessures.
Les deux plus jeunes, mineurs au moment des faits (17 ans et 14 ans), ont été jugés en septembre 2016 à huis clos au tribunal pour enfants de Vesoul. Celui de 14 ans a été relaxé au bénéfice du doute mais condamné à 18 mois de prison avec sursis pour une série de vols. Celui de 17 ans, a été condamné à 30 mois de prison dont 18 fermes et 12 avec sursis.

La misère sociale et intellectuelle doit elle faire abstraction de la culpabilité ?

Analphabètes, les prévenus s’expriment de façon peu claire, dans un débit rapide et parfois inaudible. Ils ne comprennent pas forcément les questions qui leur sont posées. S’enferment dans le déni de la réalité de leurs actes.
Démêler les fils de cette affaire sordide s’avère très compliqué. De nombreuses versions sont données par les tortionnaires. Tous se renvoient la responsabilité, tous se rejettent la faute car il est difficile d’assumer que l’on commette de telles atrocités.
Bryan Boutterin cité comme témoin ne connaît toujours pas son âge. Il avait lors de l’audience de septembre posé la question à sa mère.
Il déclare : « J’sais plus quoi dire, j’me rappelle plus » Il a maintenant 18 ans.
En septembre déjà, il ne se souvenait plus des faits, il était dans l’autre voiture disait-il et n’avait rien vu. Il avait nié sa participation mais reconnu sa présence. Il avait bu. Depuis il en avait perdu le sommeil et ne cessait d’y penser avouait-il à la barre.
Il s’était pourtant vanté autour de lui d’avoir « coupé des vaches » selon certains témoignages, lui avait alors rappelé le juge.
Kévin Boutterin, 21 ans, frère de Bryan. En prison il a commencé à apprendre à lire et à écrire pour un laps de temps très court, interrompu en raison de sa conduite violente. Ses tentatives d’explications sont peu claires sur les faits du 11 août : « on a coupé les vaches, tout ça. Moi j’étais au volant. Un a coupé les vaches. Franck Billottet a coupé les vaches…. »
Un avocat le questionne : «vous avez entendu beugler les vaches. Pourquoi les avoir laissé agoniser ? Dix heures pendant lesquelles elles ont hurlé de douleur, hébétées, ne comprenant pas qu’on leur inflige de telles souffrances. Comment avez-vous pu les laisser souffrir ? »
Réponse de Boutterin : « Je sais pas. »
Brendon Billottet, 20 ans, vit en concubinage, un enfant à charge. Son avocate dit qu’il a toujours donné la même version : alcoolisé, à l’arrière du véhicule, sans rien faire.
Question de la procureure : “ Vous aviez consommé de l’alcool, une voiture rentre dans le champ. Qu’avez-vous fait pendant ce temps ? j’ai du mal à croire que vous n’avez pas vu ce qui se passait ? Les cris, les encouragements, l’excitation, la boucherie dans le champ, vous ne voyez ni n’entendez rien. C’est facile de se retrancher derrière l’alcool.”
Billottet maintient qu’il n’a rien vu concernant les coups de hache, juste qu’ils « sont rentrés dans les vaches ».

Des actes de cruauté insoutenables à entendre

L’agriculteur présent à l’audience explique que le matin son attention a été attirée par la voiture brûlée puis il a découvert les vaches, mutilées, étendues à différents endroits de la pâture, incapables de bouger, distantes à plusieurs dizaines de mètres les unes des autres. Selon lui le massacre a duré un certain temps, trente minutes environ.
Il expose qu’il avait rapproché les vaches dans cette pâture pour pouvoir les surveiller parce qu’elles allaient mettre bas dans quelques jours. Les gendarmes poursuivaient ces véhicules qui leur avaient été signalés. Ils sont passés par là par hasard précise l’agriculteur. Pour lui c’est incompréhensible.
Le vétérinaire appelé sur les lieux a dû euthanasier les animaux grièvement blessés. Il a constaté des entailles de 15 à 25 centimètres de profondeur, et 20 centimètres de longueur, sur le museau, l’encolure, le dos et les cuisses ainsi que des fractures ouvertes et des pattes cassées.

Réquisitoire de la procureure

Dans son réquisitoire la procureure expose que les frères Boutterin ont commis les actes mais que les deux autres étaient présents et ont vu, qu’ils se rejettent la balle car c’est difficile de reconnaître sa culpabilité parce que cela dépasse ce qui est acceptable, que Brendon Billottet et Kevin Boutterin doivent être condamnés tous les deux.
Elle requiert pour Billottet 18 mois de prison dont 6 avec sursis et mise à l’épreuve et pour Boutterin 3 ans de prison ferme.

Verdict

Un peu après 13 h, la juge prononce le verdict :
Kévin Boutterin est reconnu coupable de l’ensemble des faits qui lui sont reprochés, soit 15 infractions. Il est condamné à quatre ans d’emprisonnement ferme pour vandalisme, actes de barbarie et de cruauté assumés mais inexpliqués envers des animaux domestiques.
Brendon Billottet, en dépit de ses dénégations est condamné à un an de prison ferme, le tribunal le déclare co-auteur des sévices infligés aux animaux dans la mesure où il était présent avant, pendant et après les actes de torture. Cette décision fait jurisprudence.
Le tribunal prononce à l’égard des deux tortionnaires, l’interdiction à vie de posséder un animal et l’interdiction professionnelle en lien avec des animaux pour une durée de 5 ans.
Tous deux seront suivis par le Juge d’Application des Peines.
Toutes les parties civiles ont été estimées recevables. Les prévenus devront leur verser des dommages et intérêts et autres amendes s’élevant à plus de 37 000 euros.
Le 16 mars 2017, il régnait une vive émotion au tribunal correctionnel de Vesoul
La Juge, la Procureure et les avocats d’Humanimo, de l’OABA, de la SPA de Dôle, de la Fondation Brigitte Bardot, ont évoqué la sensibilité des animaux, leur innocence, leurs émotions, leur incapacité à comprendre ce qui leur arrivait, ce qu’on leur faisait subir, leurs plaintes et leur souffrance.
Merci à eux d’avoir plaidé pour le respect du Vivant.
Défense Animale Belfort n’ayant pas mandaté d’avocat, je me suis exprimée ainsi devant le Tribunal :
SUR LES FAITS DE MOTEY-BESUCHE DU 11 AU 12 AOUT 2015 CONCERNANT LES SEVICES ENVERS UN ANIMAL
L’association Défense Animale Belfort, dont je suis la représentante légale et la présidente, a pour objectif, conformément à ses statuts, de venir en aide aux animaux et d’intervenir auprès des autorités en cas de maltraitance.
Notre association se fait le porte-parole des animaux pour défendre leurs droits. C’est donc à ce titre que nous avons déposé plainte avec constitution de partie civile contre les individus qui se sont introduits dans un champ à Motey-Besuche en Haute-Saône, dans la nuit du 11 août 2015 et se sont livrés contre des vaches à des actes d’une extrême cruauté.
Utilisant une voiture volée, ces individus ont délibérément foncé sur les vaches, certaines étaient gestantes, leur brisant les pattes. Ils les ont ensuite torturées, les frappant et les lacérant à l’aide d’une hache, à de multiples reprises. Les bovins ont dû être euthanasiés le lendemain en raison de leurs graves blessures.
Depuis le 16 février 2015, les animaux sont officiellement considérés par le Code civil comme des êtres vivants doués de sensibilité. Il est certain qu’un animal ressent la souffrance lorsqu’il est frappé ou torturé. Dans le cas présent, lorsque le fermier a découvert ses vaches agonisantes, elles ont tenté de se relever pour venir à sa rencontre. Nul doute que les animaux ressentent des émotions.
Il n’est pas acceptable que les actes d’une lâcheté inouie, commis sur des êtres faibles et sans défense demeurent impunis. Ces individus sont capables de torturer n’importe quel être vivant car ils sont insensibles et dépourvus d’empathie.
Le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves et actes de cruauté sur des animaux domestiques, apprivoisés, ou tenus en captivité est puni de 2 ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende comme le stipule l’article 521-1 du code de procédure pénale.
En conséquence, nous demandons que justice soit faite pour ces animaux et que l’article 521-1 soit appliqué.
Chantal GIROT